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Marque : déchéance pour défaut d’exploitation devant l’INPI, en pratique

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INPI juge de la déchéance

Les articles L.714-4, L.714-5, L.716-3 et suivants et R.716-6 du Code de la propriété intellectuelle exposent le sort d’une marque non exploitée.

Toute marque française non exploitée sérieusement peut faire l’objet d’une demande en déchéance devant l’INPI, à la demande de quiconque verse une taxe de 600 euros à cet effet.

Plusieurs décisions en déchéance de l’INPI permettent aujourd’hui de faire un premier point sur sa pratique.

Depuis le 1er avril 2020, une telle demande, qui n’est pas connexe à une action relevant de la compétence d’un Tribunal judiciaire spécialisé ou qui n’intervient pas dans le cadre d’un litige existant, relève exclusivement de la compétence de l’Institut national de la propriété industrielle : un Juge maladroitement saisi au lieu de l’INPI déclarerait une telle demande irrecevable.

Et puisque l’INPI se judiciarise progressivement, comme devant la majorité des juridictions, une partie des frais exposés par la partie gagnante est mis à la charge de la partie perdante. C’est l’équivalent de l’article 700 du code de procédure civile. Mais pour que cette prise en charge puisse être prononcée par l’INPI, encore faut-il qu’il soit fait droit à l’intégralité de la demande du demandeur.

Au surplus, l’INPI peut examiner les demandes relatives à l’abus de droit ou à la procédure abusive.

Concrètement, quelles sont les étapes d’une demande en déchéance de marque ?

La demande est insérée sur le site de l’INPI au sein de son téléservice dédié. L’institut informe immédiatement le titulaire de la marque contestée, et son mandataire le cas échéant, par email et courrier simple. Une telle notification invite celui-ci à produire des pièces propres à établir que cette marque a fait l’objet d’un usage sérieux au cours des cinq dernières années précédant la demande en déchéance, ou à justifier d’un juste motif de sa non-exploitation, et ce, dans un délai de deux mois.

En cas de notification postale réexpédiée à l’INPI avec la mention « destinataire inconnu à l’adresse », l’administration publie un avis dans le BOPI permettant au titulaire de la marque de disposer d’une nouvelle possibilité de faire valoir des éléments de preuve, dans un délai de deux mois.

Notons que l’usage sérieux doit reposer sur des éléments concrets et objectifs, justifiant la période, le lieu, l’importance et la nature de l’usage fait de la marque en relation avec les produits visés : captures écran, factures, attestation de chiffre d’affaires, constat d’huissier, bons à tirer, articles publiés dans la presse spécialisée, publications Instagram…

Tout élément transmis à l’INPI est nécessairement effectué sous forme électronique sur le site de l’INPI et porté à la connaissance de l’autre Partie. S’en suivent des observations et pièces transmises, tour à tour, par chacune des Parties, pour discuter de la pertinence ou non des éléments fournis.

L’INPI informe les Parties de la date de fin de la phase d’instruction, et émet ensuite une « décision statuant sur une demande en déchéance. » La déchéance prononcée peut être totale et concerner toute la marque, ou être partielle et ne porter que sur certains produits de ladite marque.

En cas de requête spécifique formulée par le demandeur à la procédure, la marque sera déchue à la date correspondant aux 5 années qui suivent la date de la publication de son enregistrement au BOPI, bulletin officiel de la propriété industrielle. Sans demande précise sur ce point, la marque sera déchue à compter de la date de la demande en déchéance présentée à l’INPI.

La décision de l’INPI peut faire l’objet d’un recours en plein contentieux devant la Cour d’appel. Les Parties pourront alors invoquer de nouvelles pièces et de nouveaux moyens. L’INPI pourra être entendu et présenter des observations écrites.

 

Conseil pratique :

A l’instar d’une action judiciaire, une mise en demeure préalable pourrait permettre au demandeur à la déchéance d’obtenir un retrait spontané de la marque litigieuse, sans qu’aucune des Parties n’ait à payer de taxe, ou solliciter une cession du titre à son profit.

Coraline Favrel, https://carmen-avocats.com/coraline-favrel/